Notre premier voyage en famille à cinq — un trajet en voiture de huit heures vers le sud — reste gravé dans ma mémoire comme le jour où j’ai compris que voyager avec des enfants et voyager sans enfants sont deux activités qui n’ont strictement rien en commun. Arrêts pipi toutes les heures, disputes sur le siège arrière, le petit dernier qui vomit sur l’autoroute, et mon aîné qui demande « c’est quand qu’on arrive ? » avant même d’avoir quitté le département.
Depuis, nous avons fait des dizaines de voyages — en voiture, en train, en avion — et j’ai appris, à force d’essais et d’erreurs, qu’un voyage en famille réussi se gagne avant le départ. L’improvisation avec des enfants est rarement poétique. La préparation, elle, est magique.
Avant le départ : la préparation qui change tout
Impliquer l’enfant dans la préparation
Un enfant qui participe à la préparation du voyage est un enfant qui se projette positivement. Au lieu de subir le trajet, il anticipe l’aventure.
Selon l’âge :
- Deux à quatre ans : montrer des photos de la destination, préparer ensemble sa petite valise de jouets
- Cinq à sept ans : choisir trois jouets ou livres pour le trajet, regarder la destination sur une carte
- Huit à douze ans : participer à la planification (choisir une activité sur place, préparer sa propre valise, calculer le temps de trajet sur la carte)
Astuce qui fonctionne à merveille chez nous : une semaine avant le départ, nous accrochons une carte au mur avec notre itinéraire tracé au feutre. Les enfants marquent les étapes avec des gommettes. Le voyage commence bien avant qu’on monte en voiture.
La checklist famille
Voici la liste que j’ai affinée au fil des années. Elle est volontairement exhaustive — adaptez-la à votre destination et à la durée du séjour.
Documents :
- Carte d’identité ou passeport de chaque membre de la famille (vérifier les dates de validité)
- Carnet de santé des enfants
- Carte européenne d’assurance maladie (pour l’Europe)
- Attestation d’assurance voyage (si applicable)
- Ordonnances en cours
Santé et confort (voir trousse de secours plus bas) :
- Médicaments habituels
- Doudou et objet de réconfort (en double si possible pour le doudou — j’ai appris cette leçon à mes dépens)
- Tétine de rechange (si applicable)
- Crème solaire adaptée
Trajet :
- Sac d’activités (voir section dédiée)
- Snacks et bouteilles d’eau
- Lingettes et sacs plastique (pour le mal des transports)
- Couverture légère ou plaid
- Casque audio enfant (volume limité)
- Changement de vêtements accessible (pas au fond de la valise dans le coffre)
Le sac d’activités : l’arme secrète
Préparez un sac dédié aux activités du trajet, distinct des bagages. Chaque enfant peut avoir le sien.
| Âge | Contenu du sac |
|---|---|
| Deux à trois ans | Livres cartonnés, figurines, pâte à modeler (dans un sac hermétique), feutres et carnet, petites voitures |
| Quatre à six ans | Livres d’activités (coloriages, labyrinthes, cherche et trouve), figurines, jeu magnétique de voyage, carnet de dessin |
| Sept à dix ans | Livres, carnets de jeux (sudoku, mots croisés), cartes à jouer, carnet de voyage à remplir, appareil photo jetable |
| Onze ans et plus | Livre, carnet de croquis, jeu de cartes, musique (avec casque), guide de la destination |
L’astuce de la surprise : glissez un ou deux objets neufs dans le sac sans le dire à l’enfant. Un petit livre, un jeu de voyage, des autocollants. La nouveauté captive l’attention bien plus longtemps qu’un jouet connu.
En route : gérer chaque mode de transport
En voiture
La voiture est le mode de transport le plus flexible avec des enfants, mais aussi le plus long et le plus propice aux conflits.
Organisation de l’espace :
- Chaque enfant a son sac d’activités accessible
- Un organisateur de siège arrière (les poches qui se fixent au dos du siège avant) est un investissement minime pour un gain considérable
- Une poubelle de voiture (un simple sac accroché au siège) évite les papiers et emballages partout
- Un pare-soleil sur les vitres arrière si votre enfant est sensible à la chaleur
Le rythme des pauses :
- Toutes les deux heures maximum (c’est aussi la recommandation pour la sécurité du conducteur)
- Choisissez des aires avec un espace vert où les enfants peuvent courir dix minutes
- Prévoyez les pauses repas dans des endroits adaptés plutôt qu’en vitesse sur une aire d’autoroute bondée
Les activités en voiture (sans écran) :
- Le jeu des plaques d’immatriculation (trouver tous les départements)
- « Je vois quelque chose que tu ne vois pas » (couleurs, formes)
- Les histoires collectives (chacun ajoute une phrase à tour de rôle)
- Le bingo du voyage (préparer des grilles avec des éléments à repérer : vache, pont, camion rouge, église)
- Les devinettes et les charades
- Écouter des podcasts ou des livres audio en famille
Pour d’autres idées d’activités sans écran, consultez mon article dédié — beaucoup de ces activités sont adaptables en voiture.
Le mal des transports :
- Faire regarder l’horizon (pas de lecture ou d’écran pour les enfants sensibles)
- Un point fixe devant aide à stabiliser l’oreille interne
- Éviter les repas lourds avant le départ
- Des bracelets anti-nausée (acupression) fonctionnent pour certains enfants
- Avoir des sacs plastique toujours à portée de main (et un changement de vêtements accessible)
En train
Le train est souvent mon moyen de transport préféré avec les enfants. Ils peuvent se lever, marcher dans le couloir, aller au wagon-bar, regarder le paysage défiler.
Astuces spécifiques :
- Réservez le carré famille (quatre places face à face avec tablette) si disponible
- Les places côté fenêtre sont plus recherchées — laissez l’enfant choisir
- Emportez un pique-nique : c’est moins cher et plus sain que le wagon-bar
- Prévoyez le passage aux toilettes avant le départ (les toilettes du train ne sont pas toujours engageantes pour un petit)
- Un trajet en TGV est l’occasion idéale pour des jeux de société de voyage ou du dessin sur la tablette
En avion
L’avion est souvent source de stress parental, surtout en raison du regard des autres passagers. Quelques conseils pour dédramatiser.
Avant l’embarquement :
- Arrivez en avance pour profiter des espaces de jeu de l’aéroport (beaucoup d’aéroports en proposent)
- Faites courir l’enfant avant l’embarquement : un enfant fatigué physiquement sera plus calme en vol
- Expliquez le déroulement : « D’abord on attend, puis on monte dans l’avion, on s’assoit, l’avion roule, puis il décolle. Tes oreilles vont peut-être faire un drôle de bruit. »
Pendant le vol :
- Au décollage et à l’atterrissage : tétée ou biberon pour les bébés, bonbons à sucer ou chewing-gum pour les plus grands (pour equaliser la pression dans les oreilles)
- Les compagnies aériennes proposent souvent des kits d’activités pour les enfants — demandez à l’embarquement
- Alternez activités calmes et petites pauses debout dans le couloir (si le signal lumineux le permet)
- Un enfant qui pleure en avion, c’est normal. Les autres passagers survivront. Vous aussi.
Le décalage horaire :
- Commencez à décaler les horaires de sommeil deux à trois jours avant le départ (trente minutes par jour)
- À l’arrivée, exposez les enfants à la lumière naturelle aux moments stratégiques (matin pour un décalage vers l’est, après-midi pour un décalage vers l’ouest)
- Maintenez les rituels de sommeil habituels même en voyage (histoire, câlin, doudou)
- Soyez patients : les enfants mettent généralement un à trois jours par fuseau horaire à s’adapter
Sur place : profiter en famille
L’hébergement adapté
| Type | Avantages avec enfants | Inconvénients |
|---|---|---|
| Hôtel familial | Piscine, animations, pas de ménage | Moins de liberté (horaires repas), coût |
| Location (gîte, Airbnb) | Cuisine, espace, rythme libre | Ménage, équipement variable |
| Camping | Plein air, liberté totale, autres enfants | Confort limité, météo dépendante |
| Chez la famille/amis | Gratuit, environnement familier | Moins d’intimité |
Mon conseil : quel que soit l’hébergement, recréez un mini-cocon pour l’enfant. Son doudou, sa veilleuse, son livre du soir. Ces repères familiers dans un environnement nouveau font une différence énorme pour le sommeil et la sécurité émotionnelle.
Le rythme de vacances
La tentation est grande de vouloir « tout voir ». Avec des enfants, le rythme doit être radicalement différent du voyage entre adultes.
La règle du un pour un : une activité « adulte » (visite culturelle, excursion) pour une activité « enfant » (parc, plage, piscine, temps libre). Cette alternance évite les crises de fatigue et de frustration.
Respectez les siestes : un enfant qui saute sa sieste pour « profiter du voyage » ne profitera de rien du tout. Il sera grognon, pleurera, et gâchera l’expérience pour tout le monde (y compris pour lui). La sieste n’est pas une perte de temps, c’est un investissement pour le reste de la journée.
Prévoyez des temps morts : une après-midi dans le jardin de la location, un moment de lecture au bord de la piscine, un dessin sur la terrasse. Les vacances ne sont pas un marathon d’activités.
La trousse de premiers soins
Partez toujours avec une trousse adaptée aux enfants :
- Paracétamol adapté au poids (et son dosage noté)
- Thermomètre
- Antiseptique et pansements
- Crème contre les piqûres d’insectes et les coups de soleil
- Sérum physiologique (nez bouché, yeux irrités)
- Anti-diarrhéique adapté à l’enfant
- Sachets de réhydratation orale (essentiels en cas de gastro-entérite en voyage)
- Arnica en crème ou en granules (pour les bosses et les bleus)
- Numéros d’urgence de la destination (médecin de garde, urgences, centre antipoison)
Les conflits en voyage : anticiper et désamorcer
La fatigue, source de tous les conflits
Quatre-vingt pour cent des conflits en voyage sont liés à la fatigue — celle des enfants et celle des parents. Quand vous sentez la tension monter, posez-vous cette question : « Quelqu’un a-t-il faim, soif, sommeil ou besoin d’une pause ? » La réponse est presque toujours oui.
Les disputes entre frères et sœurs
L’espace confiné (voiture, chambre d’hôtel partagée) amplifie les conflits dans la fratrie. Quelques stratégies spécifiques au voyage :
- Définir les espaces personnels (« ton côté de la banquette, son côté »)
- Alterner les places (changement à chaque pause)
- Prévoir des activités individuelles ET des activités collectives
- Instaurer le « temps calme » : vingt minutes où chacun fait une activité silencieuse de son côté
Le « c’est quand qu’on arrive ? »
Cette question est un classique qui peut rendre fou au bout de la quinzième répétition. L’enfant n’a pas la même perception du temps que l’adulte.
Solutions :
- Matérialisez le trajet : « Quand on aura écouté trois histoires, on sera presque arrivés »
- Le compte à rebours visuel : colorier les étapes sur une carte imprimée
- Donner des repères concrets : « Après le déjeuner, il reste encore une sieste en voiture »
Voyager même avec un petit budget
Voyager avec des enfants ne nécessite pas un budget considérable. Les meilleurs souvenirs de voyage de mes enfants ne sont pas les parcs d’attractions, mais la rivière où ils ont fait des barrages avec des cailloux.
Astuces budget :
- Voyagez hors saison scolaire si possible (et si le calendrier le permet)
- Privilégiez les locations avec cuisine pour éviter les restaurants à chaque repas
- Les activités gratuites sont souvent les meilleures : plage, randonnée, parc, découverte d’un marché local
- Les musées sont souvent gratuits pour les enfants (et le premier dimanche du mois pour les adultes dans les musées nationaux)
- Un pique-nique dans un endroit magnifique vaut tous les restaurants gastronomiques du monde quand on a des enfants
Le carnet de voyage : transformer le trajet en souvenir
Offrez à chaque enfant un petit carnet dans lequel il peut, pendant et après le voyage :
- Dessiner ce qu’il a vu
- Coller des tickets, des feuilles, des cartes postales
- Écrire (ou dicter) ses souvenirs préférés
- Noter ce qu’il a mangé de nouveau
- Donner des étoiles aux activités
Ce carnet est un trésor que l’enfant relira pendant des années. Et c’est une activité qui l’occupe pendant le trajet retour, quand tout le monde est fatigué.
En résumé : les dix commandements du voyage en famille
| Règle | Pourquoi |
|---|---|
| Préparer ensemble | L’enfant impliqué est un enfant coopératif |
| Prévoir le double de temps | Les imprévus sont la norme, pas l’exception |
| Emporter le doudou (en double) | La sécurité émotionnelle n’a pas de prix |
| Alterner activités adultes et enfants | Le un pour un évite les crises |
| Respecter les siestes et les repas | La fatigue et la faim sont les ennemis du voyage |
| Avoir un sac d’activités par enfant | L’occupation prévient l’ennui |
| Faire des pauses régulières | Le corps a besoin de bouger |
| Accepter l’imperfection | Le voyage parfait n’existe pas, et c’est très bien |
| Photographier les galères | Elles deviendront vos meilleurs souvenirs |
| Revenir avec un carnet de souvenirs | Le voyage continue après le retour |
Le voyage en famille, c’est accepter de renoncer au programme millimétré pour embrasser le chaos joyeux. C’est découvrir un lieu à travers les yeux émerveillés de son enfant, qui trouve un escargot plus fascinant que la cathédrale. C’est des heures en voiture qui, dans vingt ans, seront les souvenirs que vos enfants raconteront en souriant : « Tu te souviens quand papa s’est trompé de route et qu’on a fini dans un champ de tournesols ? »
Voyagez. Même si c’est imparfait. Même si c’est épuisant. Les souvenirs que vous créez maintenant sont le terreau de la relation que vous aurez avec vos enfants adultes. Et ça, aucun guide de voyage ne peut le remplacer.

